Navigation | Un parti ? Quel parti ?


Un parti ? Quel parti ?

Article paru dans ROUGE, l’hebdo de la LCR, le 5 juin 2008

PROCESSUS CONSTITUANT 

Un parti? Quel parti? 

Il est rare que, dans les débats constitutifs des comités pour un nouveau parti anticapitaliste (NPA), la question «Pourquoi un parti ?» ne surgisse pas. Se mêlent alors la mise en cause générale de «la forme parti» (souvent au profit de «réseaux») et le bilan négatif des expériences vécues au sein de partis réellement existants. 

    Les « réseaux » ont un avanta­ge, tant qu’ils sauvegardent effectivement les capacités de contrôle et d’initiative locales. Il en est ainsi si, l’objectif politique général étant fixé, la discussion porte surtout sur la mise en oeuvre. Mais cet avantage est perdu, voire se retourne en son contraire, quand les choix poli­tiques apparaissent délicats. Alors, en l’absence de procédures publiques et réglées permettant de trancher, c’est le règne de l’arbitraire, des petits chefs, des coteries. L’aspect libertaire se trans­forme en un anarchisme bureaucra­tique, anarchiste dans la forme, mais bureaucratique dans la réalité.Il ne s’agit pas ici d’un simple pro­blème de fonctionnement mais, avant tout, d’un problème d’ampleur straté­gique. La justification fondamentale de la « forme parti » tient dans le choix de faire converger les résistances vers un changement de pouvoir, et dans la compréhension que l’ennemi dispose, lui, d’un cadre centralisé d’où s’orga­nise sa domination, un État. Si l’on estime que la question du pouvoir ne doit pas se poser, pas besoin de conver­gence stratégique. La combinaison des luttes et pratiques alternatives suffit. Mais toute l’expérience historique démontre qu’en fin de compte, cela revient à laisser le pouvoir au pouvoir, et donc, pour ce dernier, les moyens de réprimer ou de récupérer les dyna­miques alternatives. On peut aussi défendre que cette convergence est nécessaire, mais s’effectuerait par la fusion de tous les fronts de lutte. Mais, outre que le pouvoir dominant agit en permanence contre une telle « fusion », le surgissement d’un point de vue globalement opposé à ce pou­voir, celui d’une autre hégémonie idéologique, culturelle, pratique, poli­tique, ne peut venir que d’une construction consciente. Celle qui s’appuie sur les bilans de l’histoire (et donc qui tient le coup dans les périodes de recul), sur la mise en liai­son d’expériences diverses - sociales, nationales, générationnelles - sur l’éla­boration constante d’un projet global.La fonction du parti est d’abord celle-là. Mais sa « forme » elle, centrali­sée, tient profondément à l’existence de l’État. Et, inévitablement, ce parti aura tendance à hériter des défauts de cet État (et de la société bourgeoise en général) : hiérarchisation, bureaucratie, domination des hommes, de la natio­nalité majoritaire. On ne peut pas prendre l’un (le parti) sans l’autre (les dangers antidémocratiques). C’est cette certitude qui rebute tant de camarades. La seule issue est dans la conscience de cette situation, et donc dans la lutte opiniâtre pour limiter la portée des dérives inévitables.   Il faut ainsi considérer que les diver­gences sont légitimes, utiles. II est nor­mal qu’elles aient aussi une expression publique. Le débat doit permettre de faire la part de ce qui relève de situa­tions et d’expériences différentes, mais aussi de sérieux désaccords politiques. Si ces derniers existent, le droit de s’or­ganiser en tendances (internes, voire externes) pour convaincre le parti doit être impérativement garanti. La cen­tralisation de l’action, quand il s’agit de questions engageant tout le parti, est évidemment une condition de l’effica­cité. En même temps, elle est une condition de la vérification de la portée des divergences possibles, et donc une condition de la démocratie. Mais cette centralisation n’a pas de raison de s’étendre, par principe, à des décisions qui n’ont pas de portée générale. Un principe fédéraliste doit la contreba­lancer, permettre une autonomie à définir, soit par thème, soit par zones géographiques. Enfin, le fonctionne­ment démocratique tient aussi à l’éta­blissement de conditions de débat les plus égales pour tous: moyens intel­lectuels, avec l’insistance sur la forma­tion, rythmes militants accessibles, attachement à ne pas reproduire la place subordonnée des femmes, etc. Sur tous ces thèmes, il faut aborder l’expérience du passé avec un oeil cri­tique, produire du nouveau si pos­sible. Dans « nouveau parti », il y a « parti », et c’est un choix indispen­sable. Et il y a « nouveau » … • 

Samy Johsua. 

 

Filed by npa85 at juin 22nd, 2008 under Presse

Calendrier

juin 2008
L Ma Me J V S D
« mai   août »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  

Créer un Blog | Ndd | Créer Forum | Blogs Actifs | Top Blogs | Signaler un abus !